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Notre histoire

Les origines

A l'ère néolithique, l'actuelle avenue des Gobelins n'était qu'un chemin. Il côtoyait le mont Cétardus.

Dès le 4ème siècle, autour de l'endroit où la voie romaine de Lutèce à Lyon commence à gravir le coteau verdoyant qui domine la Bièvre (aujourd'hui carrefour des Gobelins et des Boulevards Port-Royal, Arago et Saint Marcel) existe l'un des premiers cimetières chrétiens dans la campagne.

 
De 1870 à 1894, fouilles sur l'emplacement de l'ancien cimetière de Saint-Marcel

 

13ème siècle

du 17ème au 19ème siècle

Au 17ème siècle, sa dénomination reste le mont Cétard.

En 1652, l'ingénieur du roi Jacques Gomboust fait paraître le 1er plan géométrique de Paris. Un siècle plus tard, est publié le plan Verniquet (achevé en 1791) – premier plan véritablement géométrique de Paris.

Détail du plan Verniquet. Saint-Marcel, la manufacture des Gobelins et la Bièvre vers 1789


L'Avenue des Gobelins appelée précédemment rue Mouffetard jusqu'en 1869, n'était que le prolongement de cette dernière qui allait jusqu'à la barrière de Fontainebleau (actuelle place d'Italie).
 
Propylées de la barrière de Fontainebleau où fut installé la Mairie du 13ème de 1860 à 1873

 les bancs du rond-point sont occupés par de singuliers personnages : jeunes filles sculpturales, vieillards aux nobles traits. Ce sont des modèles de peintres qui attendent, en devisant, le client qui leur assurera plusieurs heures de pose.

Un arrêté du 03 septembre 1869 baptise Avenue des Gobelins la partie – longue de 765m – de la rue Mouffetard qui va d'avant le carrefour dit aujourd'hui des Gobelins à la place d'Italie, absorbant ainsi le tronçon final qui s'appelait au 18ème siècle la rue Gautier Renaud.

La place d'Italie en 1907 avec deux tramways hippomobiles Le sens giratoire n'est pas encore obligatoire.

 

Les femmes sont, pour la plupart, des Italiennes dont la beauté méridionale semble peu éteinte par le ciel incertain de Paris. Avec leurs cheveux, et surtout leur accoutrement bariolé, elles semblent vivre dans un halo lumineux qu'accentuent encore leurs coiffes blanches bordées de dentelles ».

Sur le plan Verniquet figure également la rue Croulebarbe où se trouvait un moulin près de vignes réputées.

En 1229, une dispute qui dégénère vite en véritable bataille éclate entre des agriculteurs du fief de Croulebarbe et des escholiers parisiens venus s'ébattre là et que quelques pichets de vin avaient rendu agressifs. Après un tel scandale, l'Université de Paris s'exile à Angers jusqu'en 1231. Ces deux ans suffiront-ils pour savoir si les crus des pays de Loire échauffent moins que celui de Croulebarbe ?

Ce moulin, cité dès 1214, encore mentionné en 1840 (date de sa démolition), servait à faire mouvoir les tréfileries (1). Il s'élevait à peu près à l'emplacement de l'actuel carrefour des rues Corvisart et Croulebarbe. Pendant des siècles, son nom rivalisa avec celui des Gobelins.

A cette époque, une rivière appelée la Bièvre (Castor en Celtique) faisait vivre une population importante. Une ordonnance du 21 novembre 1567 de Henri III demandant « de faire mettre hors des villes et près des cours d'eau les tueries et écorcheries des bêtes ainsi que les tanneries, mégisseries et teintureries pour éviter aux inconvénients qui pourraient advenir ».

Il fallait choisir entre Chaillot et le faubourg Saint-Marcel. C'est ce dernier qui a été choisi pour sa proximité et par là même, hérita des industries polluantes de Paris.

C'est en 1673 que les tanneurs parisiens se sont regroupés. Une ordonnance du 20 octobre 1702 interdit aux mégissiers de laver leurs peaux dans la Seine et les incite à venir s'installer au faubourg Saint-Marcel.

Jusqu'à la Révolution, la manufacture des Gobelins était la dernière maison du faubourg Saint-Marcel. Après elle, commençait la campagne.

Plus tard, une ordonnance du Prévôt des Marchands et Echevins de la Ville de Paris, datée du 15 mai 1737 prescrit l'éloignement des bains pour hommes et des bains pour femmes. Les chemins d'accès à ce genre d'établissement doivent être différents et il était interdit de se baigner dans la Bièvre de manière indécente et en particulier « de rester nu sur les bords et graviers de la rivière ».

La réputation des eaux de la Bièvre se répand, attirant ainsi des tanneries, des mégissiers, des tissages, des teintureries et même des drapiers florentins.

 
Quai de lessivage rue Croulebarbe
 

(1) Atelier, Usine où se fait le tréfilage des métaux (action d'obtenir des fils de la grosseur requise)

Une charmante légende entoure la naissance du cours d'eau :

……..Il était une fois une nymphe d'une beauté merveilleuse, passionnée pour les plaisirs de la chasse ; tout le jour, elle courait plaines et bois, arpentait d'un pied léger branches et prairies, le carquois à l'épaule, l'arc tendu. Elle s'appelait Gentilia. A l'occasion de ses courses, elle attira l'attention d'un jeune Troyen, Arcolius, qui avait suivi Francus, héritier d'Hector, sur les bords de la Seine, pour y fonder une nouvelle Troie. Le guerrier lui avoue sa flamme. Il la presse, la poursuit, mais la fille de Diane s'enfuit. Au moment où il va la saisir, elle s'évanouit comme une fumée pour reparaître à ses pieds, moqueuse et jaseuse, sous la forme d'un filet d'eau limpide sourdissant miraculeusement d'une roche. – Cruelle, s'écria avec colère Arcelius, dépité, ton artifice va se retourner contre toi ! J'élèverai sur ton passage des arcs majestueux qui porteront mon nom et sous lesquels tu couleras éternellement !……

C'est ainsi que, dès le III siècle de notre ère, la Bièvre, avant d'arriver à Gentilly, passait déjà sous les voûtes du premier aqueduc construit à Arcueil (Arcolium) par l'empereur Constance Chlore.

Extrait du livre « sur les rives de la Bièvre » de Marcel Lecoq

La Bièvre et la manufacture des Gobelins                       

Des blanchisseuses occupaient également les abords de la Bièvre. Cette profession attirait les femmes dépourvues de ressources. A Paris, elles se rendent à la traditionnelle louée des blanchisseuses, véritable marché du travail. Certains profitaient de leur situation en leur promettant monts et merveilles.

Un travail très pénible avec des risques d'épidémies dus entre autre à la manipulation de linge sale, et un salaire maigre (3f50 par jour dans les années 1850). Leurs conditions de travail sont dénoncées dans un rapport de 1794 par MM. Salleron et Vérité, riches industriels.

L'insalubrité de la rivière et l'insuffisance du cours obligent celles-ci à rechercher l'eau plus loin de leurs habitations d'où fatigue plus importante pour les blanchisseuses qui furent avant 1821 mises en cause.

Le linge n'était pas traité en pleine rivière mais dans des tonneaux placés sur les berges. Il séchait étendu dans les prairies voisines ou dans les jardins riverains. Ces ouvrières n'étaient parfois que locataires d'un matériel appartenant à des propriétaires qui rentabilisaient ainsi les rives bordant leurs propriétés.

Des conflits apparaissent avec les teinturiers de la Manufacture royale des Gobelins.

C'est en 1443 (le 23 août) que Johan Gobelin s'établit Grande Rue Saint Marcel ou rue Mouffetard (actuelle avenue des Gobelins).

Colbert proposera au Roi d'acheter les ateliers des Gobelins pour y fonder une manufacture des Tapisseries Meubles de la Couronne. L'achat a eu lieu en 1662. La manufacture deviendra Manufacture Nationale en 1791.

Les jardins de la manufacture (aujourd'hui square Le Gall) sont partagés entre les ouvriers, les employés de celle-ci. Les tapissiers y cultivent des salades, des légumes. Ils s'y délassent le dimanche chez eux dans un simulacre de campagne. Des haies de chèvre-feuille, des lilas, des marronniers, des arbres de Judée aux fleurs étonnantes et riches, courbés et tordus comme de vieux hommes, faisaient une mer ondoyante de verdure au milieu de laquelle surnageaient des cabanes croulantes vêtues de lierre.

Par endroits, des bustes hors d'usage extraits des ateliers de dessin somnolaient en attestant, par la régularité de leurs lignes estompées par le temps, la douce majesté de l'Histoire.

Bief Croulebarbe, angle sud-est du Square René le Gall, vue de la rue Croulebarbe vers la rue Corvisart).

La Bièvre vive Rue Croulebarbe. A droite, les jardins des Gobelins, actuel square René le Gall

On se croirait loin de Paris dans un espace compris entre la ruelle des Gobelins (aujourd'hui Barbier du Metz) la ruelle Croulebarbe, la rue Corvisart, si la Bièvre qui coule à deux pas, n'encensait le site d'une odeur stridente d'alcali volatil et de tan.

Bief des Cordelières. A gauche une mégisserie, actuellement Palais du Peuple, Armée du Salut 1911.

Bief des Gobelins, vue à hauteur de la rue des Gobelins et couverture de la Bièvre vive sous la rue Barbier du Metz. Au fond, l'abside de la chapelle de la Manufacture

Depuis longtemps, la triste Bièvre répand cette odeur d'alcali et les fumées des fabriques qui la bordent déposent leurs suies sur les malheureux branchages voisins. En 1877, on envisage de la couvrir dans Paris. Il faudra attendre le 20ème siècle pour que la Bièvre soit recouverte entièrement sous le quartier.

Plusieurs protestations s'étaient élevées quant à l'insalubrité de plus en plus grande de cette rivière.

-         Une lettre de protestation du 7 août 1810 de l'hôpital militaire de la Garde Impériale mentionnait l'insalubrité de la rue Croulebarbe.

En 1854, puis en 1858 le Préfet Haussmann prononce la condamnation à mort de la rivière.

En 1907, Emile Deslandres, conseiller municipal du quartier Croulebarbe décide, à la suite d'un rapport sur les démêlées causés par la Bièvre, d'exproprier les propriétaires et locataires qui utilisent l'eau de la Bièvre : corroyeurs, tanneurs, marchands de peaux et de lapins, teinturiers, hongroieries (cuir de Hongrie) et fabriquant de papier.

En 1908, un dossier d'enquête de la Préfecture de la Seine est ouvert. Est décidé entre autre : le remplacement par un égout qui desservira la rue Croulebarbe. Les travaux de recouvrement se termineront par la partie Nord du boulevard Blanqui vers 1912 mettant fin à toute une activité humaine.

Par un jugement du 2 janvier 1895 – décision du 20 février 1895 – la rue Croulebarbe s'élargit partiellement. Le quartier se modifie.

 

 

Des constructions voient le jour entraînant un changement dans la configuration de la rue dont le mauvais état est dénoncé d'une part dans une demande de permission d'alignement déposée en 1888 par le propriétaire d'une mégisserie (2) et le 31 juillet 1813 dans une lettre du Préfet du Département de la Seine écrite à M. Bertin, ingénieur en chef...

……. «depuis la suppression du passage qui y communique par le pont de la rue des Gobelins en traversant la Manufacture Impériale, elle devient dans sa partie haute du côté de la rue Mouffetard un passage obligé pour les blanchisseuses et autres ouvriers qui fréquentent les bords de la rivière des Gobelins »…

Un devis avait été dressé dès 1809 pour pavage de cette rue.

Avant de tourner dans l'avenue des Gobelins, n'oublions pas de signaler le cabaret de Mme Grégoire où, vers 1835, Victor Hugo, Béranger, Chateaubriand et le Général de La Fayette se seraient réunis. On peut aujourd'hui encore, y voir une enseigne.

L'avenue des Gobelins (la plus parisienne du 13ème arrondissement) s'élargit par décret impérial du 17 octobre 1857.

Entre les années 1881 et 1895, voir 1902, 1904, des immeubles à usages divers voient le jour dont l'un d'entre eux, au 48 avenue des Gobelins, deviendra plus tard l'emplacement du lycée Jean Lurçat donnant également entre les n° 3 et 9 de la rue Croulebarbe.

Des demandes d'aménagement de trottoirs sont établies par les propriétaires dont un M. Mahieu, ancien concessionnaire de l'avenue des Gobelins dans les années 1884.

(2) Préparation des cuirs utilisés par la ganterie et la pelleterie « peaux dont on fait les       fourrures, peaux apprêtées.

Le 12 décembre 1892, une pétition est présentée par M. Houssa, locataire d'un terrain dans un passage du 48 avenue des Gobelins pour la construction en façade sur ledit passage de hangars à usage d'ateliers sur un étage. Demande acceptée le 24 novembre 1891. Permission du 11 janvier 1892.

La même année, une demande de permission de recollement est établie par M. Imbault propriétaire du 48 avenue des Gobelins (registre 28) Permis du 11 janvier 1892.

Un document de la Préfecture du Département de la Seine stipule : …..alignement délivré par permission du 11 janvier 1892. Construire en façade sur le dit passage des constructions légères en usage d'ateliers. Il n'y a pas de plan d'ensemble comprenant cet immeuble.


Calèches, tramways circulent dans l'avenue dont l'un entre eux provoquera la détérioration d'un pilastre du 48 avenue des Gobelins.

Suite à cet accident de circulation –choc d'une voiture contre le dit pilastre- une demande de reconstruction du pilastre de droite est faite à Paris le 19 juillet 1907.

                                  


Entrée du 48 avenue des Gobelins (Fin du 19ème/début du 20ème )

20ème siècle

L'insalubrité des bâtiments a amené leur destruction.

C'est en 1957 que la Ville de Paris, Préfecture de la Seine, a déposé une pétition pour la construction d'un collège technique constitué d'un étage au 48 avenue des Gobelins et d'un bâtiment de trois étages avec aile en retour de deux et trois étages avec à l'intérieur de la propriété, canalisation d'un gymnase (entrée rue Croulebarbe).

Demande autorisée le 19 mai 1962.

En 1966 eu lieu l'ouverture de l'établissement, appelé Jean Lurçat « peintre, graveur, dessinateur de carton de tapisserie, né à Bruyères en 1882, décédé en 1966 à Saint-Paul de Vence ». Tout d'abord lycée technique municipal, il devient lycée technique d'Etat…..

Beaucoup de générations se sont succédées entre les premiers occupants qui ont travaillé sur les bords de la Bièvre et ceux qui vivent aujourd'hui dans ce coin de Paris qui a été de tout temps une terre d'accueil.

Le 13ème arrondissement de Paris fut bien avant sa naissance officielle (1er janvier 1860) une sorte de creuset où sont venus se fondre les humbles et les pauvres arrivés d'un peu partout : prolétaires du 19ème siècle, travailleurs immigrés du siècle suivant, parias de toujours. Il fut le témoin de nombreux évènements et transformations.

Souhaitons que ce petit coin de Paris puisse accueillir encore longtemps beaucoup de jeunes d'horizons divers.

Document réalisé par Bernadette Mahérault d'après :

v                 les archives de Paris

v                 c'était hier le 13ème Arrondissement de Gérard Conte (Ed. LM le Point)

v                 sur les rives de la Bièvre de Marcel Lecoq

v                 Le quartier Croulebarbe de Gaston Digardet – Sté Archéologique du 13ème

v                 Du bourg Saint-Marcel aux Gobelins – Sté Archéologique du 13ème (éd. Municipales)

v                 Le cours de la Bièvre à Paris aujourd'hui par Renaud Gagneux (Ed. Municipales)